« Pourquoi nous sourit-elle ? C'est parce qu'elle est gracieuse ! »,
la Reine mère, août 1996.
« mais corazon mauvaise », Géo, août 2006.
Chronique de la saison 2006
C'est un espace naturel dans le sud de

En arrivant je suis accueilli par d'étrangers totems dressés en ligne, gardiens des lieux. Gardiens cyclopéens de ce monde. De leur oeil unique, comment nous perçoivent-ils ? D'un peu alerte, je franchis le seuil, me voici entré dans cet univers magique... la la la ! [Je chante bien n'est-ce pas ?]
C'est magique !!!


Ce monde est sec, très sec. Herbes jaunies, tordues, souffrant de la soif... Seuls les roseaux flamboyants se dressent alertes et animent de couleur cet univers. Quelques arbres et buissons dressent leurs bras vers les cieux, puisant leur substance vitale dans les tréfonds de ce sol sablonneux. Soudain, des corps calcinés émergent de ce chaos de verdure. Je découvre un paysage de désolation, encore fumant d'un feu récent. Des volutes de fumées tressautent des troncs jetés à bas, rongés par la combustion qui poursuit son chemin au creux de ces fûts calcinés. L'espace autrefois clos s'est brusquement ouvert, dévoilant un sol sans vie... Escargots cuits, herbes brûlées, troncs abattus, arbres fondus, feuillages disparus ou brûlés... Un cataclysme a bouleversé la géographie des lieux.


Un cercle de danseurs émerge au détour du chemin. Danse macabre d'âmes perdues au Purgatoire, tentant vainement de sortir de cette gangue noire, dégageant une forte odeur de brûlé. Cernés de monstres tutélaires, cerbères du Bokal, ces danseurs sont condamnés à rester en ces lieux.
Les danseurs.


Heureusement au fil des semaines, ils s'estompent derrière la pousse d'une nouvelle végétation. Ronces bondissantes à l'assaut des tiges noircies. Roseaux vivaces et aguerris qui colonisent rapidement ces terres.


Les feux sont revenus. Roseaux qui éclatent, signal des flammes vivaces, dévoreuses de fibres. Ronde des avions tueurs de feu. Sirènes des sapeurs-pompiers... Extermination des flammes. Repas en soirée sur la plage à la clarté de la lune. Gâteau au chocolat, un régal ! Fluorescence du plancton dans la mer?

D'aucun n'a pas conscience de circuler dans un lieu privilégié et le saccage : mégots de cigarette, bouteilles, plastiques divers... Détritus qui s'ajoutent aux épaves échouées de la mer. Le feu, malgré son rôle dévastateur, devient une force purificatrice qui débarrasse les lieux de ces vulgaires saletés, de ces éléments morts. Les cendres fertilisent les sols et favorisent la croissance des nouvelles pousses. Cependant, les arbres ne déploieront pas une ombre apaisante de sitôt sur ces terres dévastées.

Promeneurs déambulent ici et là au gré des chemins. Labyrinthe de ruelles étroites et sinueuses, amenant vers des lieux cachés, des chambres inexplorées. Cachette potentielle, siège du secret philosophal, que chacun recherche avec frénésie, à des rythmes différents. Mais, tous vont dans le même sens !

Sur la plage, sable et galets forment des taches au mieux des roseaux gris et ternes, des troncs d'arbre flotté. Matériaux utiles pour confectionner des abris car la tramontane souffle ici bien souvent. Le sable vole, s'envole et frappe sans pitié. Le vent siffle et l'on s'abrutit du frottement, du crissement, du grincement des roseaux...
Contre vagues et galets...

La poste du Bokal est toujours là, au milieu de ces bunkers d'un âge nouveau. Cabanes ou abris de roseaux et de bois flotté - matériaux entrelacés pour une étreinte estivale.
La Poste du Bokal.

Sur le talus, la Maximette est ouverte, son escalier permet d'accéder à un des abris à la tramontane. Au loin, surgissent des abris qui deviennent la lice de divins secrets, propice à des rencontres insolites, à des croisements respectueux ou irrespectueux.
Escalier de la Maximette. Les sentiers de la patte d'oie

Plusieurs sentiers mènent à ces antres des opportunités, des possibles... Une véritable frénésie s'empare des promeneurs, à la quête d'un trésor mythique, symbole onirique des chimères d'antan. Dans cette forêt, comme sur la plage, nous dénichons des galets au milieu des bosquets de roseaux. Quelques totems ont été dressés, mais beaucoup déclinent loin des fastes d'antan.
Toujours des "galets".

Sur ces sentiers, j'aime m'arrêter à quelques croisements et méditer tout en écoutant le paysage. Ecoute des bruits, des sons, des couleurs, du vent, bruissement des roseaux, crissement des troncs d'arbres agités par la tramontane, chant des cigales... Ainsi apparaissent les toponymes de certains de ces lieux : salle de sport, place rouge, croisement des chemins, chambre d'amour...
Salle de sport, espace de méditation... La place rouge

Circulation intense dès 16 heures et crescendo jusqu'à 18 heures. Chacun quitte la plage pour chercher son petit goûter. Séance de marche, exercices physiques et assouplissement des muscles...
Autre vue de la salle de sport.
Arrivent les onduleuses, la croupe posée sur deux baguettes et avançant au gré d'une tramontane invisible. Dotées d'un QI de praline elles théorisent sur l'ordre cosmogonique de l'univers. L'important étant de savoir si elles pourront obtenir leur C.A.P. d'esthéticienne après avoir échoué à celui de coiffeuse.
Une onduleuse.
Sur la plage, passe régulièrement un marabout obèse proposant des cacahouettes qui font pousser la quiquette. Il accompagne sa vaticination d'une danse indigène, derviche tourneur du Bokal. Il est vrai que dans les roseaux les consommateurs de son étrange médication sont légion et confirment la validité de son produit. Erections magistrales accompagnent des poussées de sève salvatrices.
Pouvons-nous trouver des lutins dans ces roseaux ? Ils se dissimulent très bien. Sauf, peut-être l'avide David, en crise de Foix, lequel se retrouve à vide au bout d'une semaine d'intenses génuflexions, entre arbres et roseaux.
Nous avons notre Géo au milieu d'une bande d'étourneaux doryphoresques, venus des divers horizons de
Est-ce un lieu de pèlerinage ? bien étrange sanctuaire, avec ces disciples de sainte Tongue qui tournent dans les roseaux, en quête de je ne sais quel trésor. Car certains ont entendu cette exclamation: « voici le trésor de la plage ! », mais personne ne l'a encore aperçu. Un mythe ? Nenni, camarade, car je suis un de ces apôtres. Mais pour certains, c'est la balade dominicale dans les tamaris en quête de l'oratoire de Notre-Dame des Roseaux.
La magie du lieu existe car nous assistons à des miracles quotidiens. Sur la plage paressent et bronzent indolemment des être elfiques, graciles, gracieux, qui lorsqu'ils la quittent pour se rendre en promenade dans le lieu consacré, deviennent des gnomes adipeux, chargés d'ans et obscènes. Cet antre ne serait-il donc pas une fabrique à moche ? Encore un mystère insondable, d'autre l'ont été depuis. N'y aurait-il pas une malédiction en cette terre sauvage ?
Bokal au crépuscule. 
En conclusion, où notre concombre se trouve-t-il ? Nous n'en avons pas mangé sur la plage, rien que du poulet, des pizzas, du jambon, du melon et bu quelques verres de vin rosé. Nous en avons vu passer un avec son sac à dos et d'autres instruments que certains dénomment ainsi. Est-il concombre ou non, je ne saurais l'affirmer. En revanche si vous regardez bien dans le Bokal, loin des langues acides ou vinaigrées, vous trouverez quelques beaux exemplaires de ce légume délectable. Croyez en une vénérable grenouille à qui on n'apprend pas à sauter du plongeoir.